Casamance – tueries de Mandina-Mancagne : retour sur les lieux 23 ans après le drame

Casamance – tueries de Mandina-Mancagne : retour sur les lieux 23 ans après le drame
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iGFM – (Ziguinchor) – Mandina-Mancagne: c’est dans ce village mythique et «fantôme» de la Casamance,  situé à plus de trois (3) Km de Ziguinchor où, un jour de 19 août 1997, que la branche armée du mouvement séparatiste de la Casamance «Atika» avait tendu une embuscade à l’armée sénégalaise. Lors de cet accrochage, 25 soldats furent tué par les combattants de la branche armée radicale du MFDC. Des Diambars qui reposent depuis lors, au cimetière mixte de Santhiaba, à Ziguinchor. 23 ans après le drame,  le village de Mandina-Mancagne renait petit à petit de ses cendres. Les familles des victimes se souviennent encore de cette tuerie barbare et continuent de pleurer toujours leurs morts. Reportage.

Mardi 19 août 1997 est une date qui sera toujours gravée dans les armoires de l’armée sénégalaise. Une date  que des soldats ont toujours qualifié de «maudite» et surtout d’inoubliable. Un jour de mardi 19 août 1997 où vingt-cinq (25) Diambars, des éléments des forces spéciales, sont tombés, les armes à la main, dans une embuscade, sous les balles des rebelles de la branche armée du mouvement indépendantiste de la Casamance, «Atika». Un drame qui a eu lieu dans ce village de  Mandina Mancagne, près de Ziguinchor, devenu tristement célèbre depuis lors. 21 ans après, malgré les efforts consentis par l’Etat et ses partenaires pour un retour définitif de la paix en Casamance, Mandina-Mancagne porte toujours les stigmates et les plaies béantes de ce drame. «Nous n’oublierons à jamais cette date du 19 août 1997. La nuit a été, ce jour-là, longue,  difficile et douloureuse pour ma famille et moi. Certains de nos voisins et mêmes des parents proches ont fui notre village pour aller se réfugier en Guinée-Bissau. Nous ne pouvions pas penser que notre village avait servi de cachette pour les bandes armées du MFDC pour tendre une embuscade aux soldats de l’armée sénégalaises », se souvient  encore le père de famille M.B.

Du haut de ses 71 ans, «après l’acte barbare et inhumain des bandes armées, les soldats de l’armée sénégalaises ont envahi notre village pour mettre la main sur ces voyous qui avaient fini de se replier dans la brousse, dans la forêt dense et touffue. Nos populations avaient, à partir de ce jour, commencé à fuir notre village pour aller trouver refuge soit à Ziguinchor, soit en Guinée-Bissau. Des populations qui ont laissé derrière elles leurs terres cultivables, leurs maisons, leurs champs de mil et de mais, leurs vergers et même leurs bétails», a ajouté, la mort dans l’âme, notre interlocuteur.  Témoin également de la tragédie, «notre village a subi les affres de la guerre en Casamance. D’ailleurs après ce carnage, les populations qui ont préféré rester, ont beaucoup souffert.  Elles ont vécu dans la pénombre pendant plusieurs années. Pire, elles ne pouvaient même pas trouvé de l’eau potable, ni de case de santé. La vie était très dure pour nous. Ce n’est pas bon de faire la guerre», explique à son tour la dame S.D.

23 ans après, les familles des victimes se souviennent encore du drame et pleurent toujours leurs morts

Les familles des victimes de la tuerie de Mandina-Mancagne  n’ont pas encore oublié la cruauté sans précédent qui s’était abattu sur leurs  25 enfants, tous des soldats tombés dans les champs de l’honneur. Ils sont, le mars 19 août 1997, tombés sous les balles incandescentes des rebelles du mouvement des forces démocratiques de la Casamance. Un drame qui a eu dans le village de Mandina-Mancagne. Une région que les populations de la région sud avaient baptisé, à cette époque «le village des soldats morts dans les champs de l’honneur». Ce mercredi 19 août 2020, les familles des victimes de cette tuerie sauvage et barbare vont se souvenir de ce jour de cauchemardesque. Vingt et un  après, les événements douloureux et saumâtres continuent toujours de défiler dans leurs mémoires.

Un anniversaire qui sera célébré dans la plus grande sobriété. «Notre vœu le plus ardent a toujours été de célébrer dans la sobriété ce jour anniversaire de rappel à Dieu de mon frère qui a été tué le 19 août 2020 par les rebelles du MFDC, dans le village de Mandina-Mancagne. Nous entendons honorer la mémoire de mon frère à travers une cérémonie de lecture de coran que nous allons organiser en famille », explique sous le couvert de l’anonymat un frère d’un des soldats tué dans cette embuscade. «Ils sont certes partis mais nous sommes fiers d’eux. La Nation sénégalaise les a rendu un hommage digne. Des morts que nous continuons toujours de pleurer», explique  à son tour, dans l’anonymat, la mère d’un soldat victime des balles des combattants du maquis casamançais. Des familles des victimes qui disent garder également ces mauvais souvenirs qui continuent, jour et nuit, de hanter notre sommeil. «S’en remettre à Dieu, Allah (SWT) et de continuer de prier pour nos braves soldats sont les seules choses qui nous restent», pensent ces familles.

Le village «fantôme» de Mandina-Mancagne commence à renaitre de ses cendres

Jadis terre de refuge des bandes armées du mouvement indépendantiste de la Casamance, le village «fantôme» de Mandina-Mancagne qui était par moment interdit d’accès, commence à renaître de ses cendres. Les populations sont rentrées chez elles et elles ont repris leurs principales activités de cultures. Ces pistes qui étaient latérites sont aujourd’hui refaites par l’Etat. Il y règne un bon climat et une bonne ambiance dans ce village où les populations ont décidé d’oublier leur cohabitation pendant plusieurs années avec les rebelles du MFDC qui avaient fait de leur village une base arrière et de se tourner résolument vers le développement économique et social de leur contré.  23 ans après, Mandina-Mancagne fait aujourd’hui des efforts pour oublier cette tragique nuit du 19 août 1997. «Notre village commence à renaître de ses cendres. Il prendre de plus en plus son envol économique. Nous avons beaucoup de ressources et de nombreuses potentialités forestières, fruitières et maraichères à Mandina-Mancagne où vit une mosaïque d’ethnies», explique le jeune Raymond Mendy. Leur village rayé de la carte pendant plus d’une dizaine d’année, «nous ne cessons d’appeler au pardon  et à la réconciliation entre nous. Nous populations sont rentrées au bercail et nous ne pensons qu’au développement de notre village», a soutenu M. Mendy.

A Mandina-Mancagne, les populations ont commencé à accueillir les projets de l’Etat, l’appui des pouvoirs publics et l’intervention des Ong et des personnes de bonne volonté en vue de son décollage économique. «Nous sommes décidées à fermer définitivement cette parenthèse de l’histoire douloureuse de notre vie pour nous tourner résolument vers l’avenir c’est-à-dire vers le développement de notre village», disent les habitants de Mandina-Mancagne. Pour rappel, Les soldats tombés au front lors de cette attaque des rebelles du MFDC dans le village de Mandina-Mancagne sont enterrés au cimetière mixte de Santhiaba où reposent musulmans et chrétiens. Mandina Mancagne aura été aussi le lieu où avait été préparé la première grande attaque armée du 18 décembre 1983 qui a marqué début le conflit armé en Casamance. Mandina-Mancagne est aussi le village d’origine du défunt Colonel de l’armée sénégalaise Georges Boissy dont le camp militaire de la zone N°5 de Ziguinchor porte le nom.  La vie a repris aujourd’hui à Mandina Mankagne, une bonne partie des populations qui avaient fui est de retour, mais les impacts de ces évènements y sont toujours visibles sur les arbres et sur certains édifices qui ont résisté à l’usure du temps.

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