MAFIA DE LA TOMATE (2/3) Ces goulots qui étranglent la filière

MAFIA DE LA TOMATE (2/3) Ces goulots qui étranglent la filière

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Dans ce deuxième jet de notre dossier consacré au business mondial de la tomate, il est question de jeter un regard lucide et froid sur l’impréparation des acteurs sénégalais de cette importante filière face aux menées hégémoniques des multinationales.

La tomate d’industrie, une des principales cultures horticoles de la Vallée du Fleuve Sénégal, mobilise pas moins de 12 mille producteurs répartis principalement dans les départements de Dagana et de Podor, à la frontière avec la Mauritanie. D’aucuns diront, à juste titre, une activité maraîchère à marge brute élevée permettant aux producteurs de moderniser des exploitations agricoles souvent familiales.

Dans ses années fastes, la filière rapportait près de 3,5 milliards francs Cfa de chiffre d’affaires par campagne et les producteurs pouvaient espérer une marge brute de près de 1 million de francs Cfa par hectare. Mais, depuis plusieurs années, ce secteur rencontre, en dépit de ses progrès en termes de contractualisation et d’intégration, de grandes difficultés.

Avec seulement 1,5 milliard de chiffre d’affaires en 2016 pour une marge brute par producteur de près de 550 mille francs Cfa par hectare, l’intérêt pour cette culture a faibli, d’autant que de nombreuses incertitudes planent sur les négociations des contrats et l’engagement des industriels à respecter les objectifs de transformation. Résultat des courses, les quantités transformées sur les deux dernières campagnes n’ont pas dépassé 28 000 tonnes (métriques, mT) de matière première pour une surface cultivée de l’ordre de 1 400 hectares, alors que les objectifs s’élevaient à 78 000 mT.

Les besoins nationaux, estimés à près de 20 000 tonnes métriques (mT) de concentrés, soit l’équivalent de 120 000 mT d’équivalent tomate fraîche, sont de fait couverts en majeure partie grâce aux importations. La première explication avancée par les acteurs tient aux difficultés rencontrées par les producteurs pour se conformer aux itinéraires techniques et aux calendriers culturaux.

Sur les 35 dernières années, le rendement moyen n’a pas dépassé le seuil des 23 tonnes par hectare, pour une production moyenne de 50 mille tonnes. À ces difficultés techniques s’ajoutent les problèmes d’accès au crédit liés à l’endettement des producteurs, le déficit en matériels agricoles et les contraintes liées à la collecte et au transport de la tomate. Pis, les acteurs de la filière sont unanimes sur un constat : « L’émergence de nouveaux acteurs a eu un impact négatif sur l’activité. »

Mesures sans incidence sur la production
Dans un rapport publié fin 2016, le Centre de gestion et d’économie rurale de la Vallée (Cgerv) explique que la concurrence entre Socas, Agroline et Takamoul, pour le marché sénégalais du concentré de tomate, a plus profité aux consommateurs qu’aux producteurs.

Pour le Cgerv, « l’arrivée de nouveaux acteurs (Agroline en 2004 et Takamoul Foods en 2009) a mis un terme au monopole de la Socas, mais ne s’est paradoxalement pas accompagné des bénéfices habituellement attendus de l’ouverture à la concurrence ». Mieux, sur les trois dernières années, « le prix de la matière première payé au producteur est resté inchangé, ce qui semble indiquer qu’il est plus rentable pour les industriels de produire du double concentré à partir de triple concentré importé qu’à partir de la récolte locale ».

Plus important encore, pour les producteurs bénéficiant d’un contrat, la culture de la tomate permettait de mieux négocier la valorisation d’autres récoltes, notamment le riz, à travers un système intégré de financement mis en place par la Caisse nationale de crédit agricole du Sénégal (Cncas).

Au départ, les importations de triple concentré de tomate étaient censées compléter la production nationale devenue de plus en plus irrégulière. Les importations ont augmenté à partir de 1995 avec la libéralisation du marché. Elles sont passées de 3.000 mT en 2003 à 5.500 mT en 2004 ; elles ont dépassé la barre des 10.000 mT en 2010 puis chaque année depuis 2012. Face à cette situation, les autorités ont décidé en 2013 d’accorder des quotas d’importation en fonction des quantités de tomates fraîches achetées localement.

Mais, bien que la capacité annuelle totale de transformation des entreprises sénégalaises truste les 130 000 mT, les mesures prises par le gouvernement n’ont pas eu d’incidence sur la production locale et les quantités transformées par les industriels qui ont stagné, ces dernières années, à un niveau historiquement bas. Et les importations de monter en flèche.

Taxer pour protéger la filière nationale
Considérant que la tomate d’industrie doit être soutenue au titre de son statut d’aliment de base de la population sénégalaise, les pouvoirs publics réfléchissent actuellement aux moyens d’obtenir des industriels qu’ils s’engagent à acquérir et transformer la totalité de la récolte, ainsi qu’aux mesures de taxation susceptibles de « protéger la filière nationale » des produits importés. Aussi, contre toute attente, les quantités transformées par les entreprises sénégalaises ont, du fait d’une politique de quotas, fortement baissé sur les dernières campagnes.

De 2015-2016 à 2017-2018, moins de 37.000 mT de tomate ont été traitées en moyenne, alors que l’activité nationale représentait un peu plus de 53.000 mT entre 2012-2013 et 2014-2015 et plus de 93.000 tonnes entre 2009-2010 et 2011-2012. Les approvisionnements des usines sont depuis longtemps régis par un processus de contractualisation, bien établi entre les industriels de la transformation (Socas, Agroline et Takamoul Food) et les producteurs de tomate, et supervisé par le Comité national de concertation pour la filière tomate (Cncfti) mis en place en 1995.

Mais, le mécanisme, déjà peu efficace lorsque 83% des surfaces emblavées dans la Vallée étaient sous contrat avec la Socas et bénéficiaient d’un financement de la Cncas, a montré ses limites à partir de la campagne 2011-2012, lorsque les quantités livrées à Agroline ont atteint 11.200 mT et que la concurrence pour la matière première et le marché sénégalais a pris forme.

En effet, durant cette campagne, 35.905 mT seulement ont été transformées sur une production totale de 75.110 mT. Sur les récoltes suivantes, l’entrée sur le marché de Takamoul Foods a compliqué encore la situation, puisque les quantités livrées en usine n’ont représenté, en 2012-2013 et 2013-2014, qu’environ 66% de la production de la vallée. Dès lors, il reste clair que la gestion des importations de concentré reste un enjeu majeur pour les transformateurs et la filière tomate.

 

Auteur: Seneweb news – Seneweb.com

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